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Les Éphémères

2008

Théâtre, danse et cirque

85avis

Récompenses:

« Magie obsédante de ces scènes en perpétuelle rotation - comme la Terre, comme la sphère, figure idéale de la Grèce antique -, qui, telles les danses soufies, finissent par nous mettre la pensée en lévitation. Ne manquez pas ce grand œuvre d'alchimiste : quand le mystère des émotions, fragile et irréductible, devient la matière même de la représentation. » Fabienne Pascaud TÉLÉRAMA

Des morceaux de "vies minuscules", des moments du quotidien dans lesquels chacun peut se reconnaître, moments de vécu, de joie, de peine..., tous ces instants qui composent une vie. Circulant sur des scènes mouvantes les comédiens sont les héros d'une saga de "l'intime", d'une épopée des souvenirs.

Ariane Mnouchkine, véritable conscience morale de notre temps, monte d'ordinaire de grandes fresques politiques, comme Le Dernier Caravansérail (paru en DVD), où elle décrivait le destin de réfugiés entassés à Sangatte. Cette fois, Ariane Mnouchkine, avec toujours la même exigence et toujours le même talent, s'en prend à notre petite histoire. Pour la première fois, elle met en scène des souvenirs intimes, des moments qui l'ont marquée, elle ou l'un ou l'autre des membres de sa troupe. Installés sur des structures mobiles poussées par des partenaires avec une élégance toute chorégraphique, les interprètes jouent des scènes parfois traumatisantes, parfois solaires, souvent drôles, toujours pleines de mélancolie.

Les Ephémères sont ainsi une sorte de rituel d’évocation collective de ce qui a intimement tramé le présent de chacun. Le Soleil y expérimente un engagement nouveau, urgent : se recentrer sur l’homme ordinaire, grain de sable que la globalisation exile loin de lui-même, tenter de le comprendre, sans les voiles du narcissisme égotique, des vastes problèmes ou des idéologies. D’où vient-on, qui est-on ? En une période de bouleversement rapide où l’amnésie est une des composantes de notre vie, la quête du fil essentiel qui relie les êtres humains au monde est sans nul doute un acte politique nécessaire qui fait de la dernière œuvre d’art du Soleil, éloignée des prises de positions fortes, la coda de tout son répertoire.

Nous voilà spectateurs d'une fresque presque cinématographique, où gros plans et travellings se succèdent. Même les flash-backs sont présents dans des chassés croisés subtils entre plateaux d'hier et d'aujourd'hui. Où le présent regarde le passé, pour apprendre et mieux préparer le futur. En hauteur, sur un petit balcon, le musicien Jean-Jacques Lemêtre rythme le spectacle, de ses mille et un instruments, cordes, piano, corne de brume, de sa voix même, quand il imite des oiseaux pour figurer l'ambiance paisible d'un jardin. Musique aérienne, évanescente. C'est de toute beauté !

« Magie obsédante de ces scènes en perpétuelle rotation - comme la Terre, comme la sphère, figure idéale de la Grèce antique -, qui, telles les danses soufies, finissent par nous mettre la pensée en lévitation. Ne manquez pas ce grand œuvre d'alchimiste : quand le mystère des émotions, fragile et irréductible, devient la matière même de la représentation. » Fabienne Pascaud TÉLÉRAMA