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Les femmes de Daesh

2019

Société

France

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Quelle était la place des femmes au sein de l’État islamique ? Dans une série d’entretiens exceptionnels réalisés en Syrie, en Irak et en Turquie, plusieurs d’entre elles racontent leur quotidien sous la coupe du califat

En Syrie et en Irak, les femmes ont constitué un rouage important de l’État islamique (EI). Elles étaient coiffeuses, infirmières, mères au foyer ou enseignantes lorsque Daech a pris le pouvoir à Raqqa, Mossoul ou Deir Ezzor. Une dizaine d’entre elles ont accepté de dépeindre leur vie et leur rôle au sein de l’organisation. Sous couvert d’anonymat, elles décrivent le lavage de cerveau, l’oppression et les violences qu’elles ont subies ou fait subir. Aujourd’hui exilées en Turquie ou cachées en Irak et en Syrie, elles tentent d’oublier un passé douloureux et souvent honteux.

Mécanique de la peur
"Notre métier, c’était de torturer les gens. On en a torturé tellement, je ne sais même plus combien", confie Aïcha. Cette veuve de martyr s’est engagée au sein de la hisba, la police religieuse, pour échapper à la ruine financière. Après des séances d'endoctrinement intensives, elle a été happée par la machine idéologique : "Tu t’imaginais que ces gens étaient des anges venus du ciel rien que pour toi." Comme Oum Farouk, 45 ans, elle patrouillait dans les rues pour faire appliquer la charia, la loi islamique. Mais les deux femmes ont rapidement déchanté, horrifiées par la cruauté du système, entre flagellations pour un bout de peau dépassant du niqab, ongles vernis arrachés à la pince, viols, avortements forcés... Tout refus de se soumettre à l’autorité des djihadistes et des émirs, les plus hauts cadres de l’EI, menait à l’exécution. Un quotidien fait de terreur, de privations, mais aussi d’hypocrisie. "Je connaissais la femme d’un émir. Chez elle, elle portait des vêtements normaux, fumait la chicha, se maquillait", dénonce Ayat. Chargée de conditionner les enfants à la propagande de Daech, cette institutrice décrit aussi une redoutable mécanique de la peur où "des surveillantes en chef" s’immisçaient à l’intérieur des habitations pour contrôler les comportements. Elles sont peu nombreuses à avoir pu résister. Atyaf, coiffeuse à Mossoul, a continué à sublimer clandestinement ses comparses, pour leur "redonner espoir". Mais "s’ils avaient découvert ce que je faisais, ils m’auraient massacrée".

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